Politis

Quand Shakespeare est un jeu d'enfant !

À l'occasion de la Semaine des respects qui s'est tenue du 29 mars au 2 avril 2004 à Douchy-les-Mines (Nord-Pas-de-Calais) la compagnie de théâtre le Feu Follet est venue jouer Un Trône pour un Tyran, une adaptation de Richard III de Shakespeare.

Rien que de très classique dans le cadre de l'éducation artistique ? Pas vraiment ! Sur scène les acteurs ont entre 12 et 14 ans et dans le public, les gamins du collège Émile Littré découvrent pour la première fois les grands textes du théâtre et les mythes universels. « Plus fort la voix, chaude, profonde, ça vient du ventre. Plus vous parlerez lentement, plus vous récupérerez l'attention de l'auditoire. Allez, on fait le filage lumière, concentrez-vous ! » Dans les gradins, Corinne Kemeny, metteur en scène de la compagnie théâtrale le Feu Follet, surveille la dernière répétition d'Un trône pour un tyran, une adaptation de Richard III, la célèbre pièce de Shakespeare.

Pour une pièce difficile comme Un trône pour un tyran, la douzaine de comédiens partie en tournée dans la petite ville du Nord sont des « vieux » de 12 à 15 ans qui comptabilisent plusieurs années de Feu Follet au compteur. Un travail bi-hebdomadaire à Antony (Hauts-de-Seine) occupe une bonne part du temps de loisirs de ces collégiens férus de théâtre. D'où, sans doute, cette impression d'aisance, de sérieux et de concentration qui se dégage du jeu des jeunes comédiens. Ils ont douze ans et jouent Shakespeare comme ils respirent avec un naturel désarmant. La magie fonctionne aussi car dans l'ombre s'activent des professionnels dédiés à la cause du Feu Follet. Comme le disent les enfants, la troupe fonctionne « pour de vrai ». Effectivement, dans les coulisses, Émilie Petreigne, maquilleuse, transforme les bouilles enfantines en mines scélérates, faces d'escrocs, têtes de sorcières et autres tristes figures de félons. À ses cotés, Mélanie Dopaço, costumière, fait les dernières retouches des costumes richement parés qu'elle a imaginés et créés : cape de velours brodée d'or que revêtira Richard lors de son accession au trône, étoffes soyeuses des femmes de la Cour d'Angleterre, oripeaux miteux du prisonnier Clarence.

À ceux qui s'inquiètent de voir jouer une telle pièce par et pour des enfants, Corinne Kemeny réplique : « J'ai toujours choisi de placer la barre très haut. Les enfants, mêmes jeunes, veulent comprendre le monde qui les entoure, surtout s'il est fait de violences ». Pour autant, pas question de laisser Richard III séduire le public comme il parvient à charmer Lady Ann. « Richard est laid, difforme mais il sait manier le langage de la séduction. Il était important que les adolescents à qui on présentait la pièce ne soient pas fascinés par la duplicité de Richard. Qu'ils ne disent pas : Ouais ! Géniale la façon dont Richard a eu la meuf ». D'où son idée d'intégrer un petit personnage, un bouffon au chapeau rouge, sorte de bonne conscience qui souffle au public les pensées perverses de Richard et pose des garde-fous entre ce beau parleur et le jeune public. Grâce à ce subtil et ludique décryptage, Richard III redevient l'être prêt à toutes les ignominies pour assouvir sa soif de pouvoir. Jusqu'au bout, jusqu'à la dernière et célèbre tirade « un cheval, mon royaume pour un cheval ». Et dans les gradins,sous les applaudissements, une gamine toute fière chuchote à l'oreille de sa copine : « Cette réplique-là, moi je la connaissais ». Parions qu'après Un trône pour un tyran, elle ne l'oubliera pas de sitôt...

Véronique Lopez

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